La commanderie de Jalès
Fondée vers 1140 par les Templiers, c’est l’une des plus anciennes commanderies de France encore debout. Elle abrite aujourd’hui une antenne du CNRS et se visite avec l’association Act’Jalès.

Des Templiers aux Hospitaliers
L’ancienne commanderie de Jalès est située sur une légère éminence au beau milieu de la plaine de Berrias. Elle a été fondée vers 1140 par les Templiers : les noms d’Hugues de Payns et de Raymond Pelet sont évoqués comme fondateurs. Elle est réputée pour être une des plus vieilles commanderies de France encore en état. Comme toutes les commanderies occidentales de l’Ordre, elle n’avait pas de vocation militaire : elle servait à récolter des fonds et des vivres.
Après le procès des Templiers, elle passe au XIVe siècle sous la tutelle des Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui la transforment progressivement en maison forte : une tour protège l’entrée, de hautes courtines renforcées d’échauguettes enveloppent les bâtiments.
Le XVIIIe siècle : Lauberivière de Quinsonas et Suffren
Après une longue phase de déclin aux XVIe et XVIIe siècles, le château est restauré à partir de 1740 par le commandeur Pierre-Emmanuel de Lauberivière de Quinsonas, qui en fait sa résidence. Il introduit de nouvelles cultures (vignes, mûriers, châtaigniers) et l’élevage des vers à soie. Trois appartements sont aménagés au premier étage des ailes est et ouest, autour de la cour intérieure : portes en noyer, rampe en fer forgé, tapisserie de cuir doré, cheminées en bois sculpté, pavés vernissés blancs et verts. Le bâtiment garde pourtant son allure de maison forte médiévale, avec ses murailles crénelées, ses guérites et son grand portail à sarrasine de bois précédé d’un petit pont-levis.
En 1782, Jalès est confiée à un commandeur prestigieux, le bailli Pierre André de Suffren, de retour de sa campagne des Indes. Des quatre commanderies qui lui sont affectées, c’est celle qu’il préfère : « J’irai chez moi », écrit-il. Il y séjourne en 1786 et 1787, y reçoit sa nombreuse famille (« J’ai autant de monde que la maison peut en contenir. J’ai six femmes ! ») et note que la maison est « fort logeable. Il y a un bon potager ». La légende locale veut qu’il ait fait fabriquer une table échancrée pour y loger sa bedaine de gros mangeur. Il meurt en décembre 1788.
Les Camps de Jalès
Entre 1790 et 1792, trois rassemblements catholiques et royalistes occupent successivement la plaine de Jalès. Le premier, en 1790, réunit environ 35 000 hommes à l’initiative de Louis Bastide de Malbos, maire de Berrias. Le troisième, en 1792, est une tentative contre-révolutionnaire menée par le comte de Saillans, qui se réfugie au château de Banne avant d’être défait et décapité aux Vans. La commanderie connaît alors un début d’incendie.
La chapelle romane
Au sud, la chapelle a conservé depuis le XIIe siècle une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four, une nef à trois travées, un portail en plein cintre et deux petites baies romanes. Dédiée à la Vierge Marie en 1151, elle est placée au XIIIe siècle sous l’invocation de sainte Marie-Madeleine. Ses peintures murales datent probablement de la fin du Moyen Âge.
Aujourd’hui
La commanderie abrite une antenne du CNRS rattachée au laboratoire Archéorient (Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon), spécialisée dans le Proche-Orient ancien. L’association Act’Jalès anime le lieu depuis 2005 : visites, manifestations et concerts, notamment ceux du festival Labeaume en Musiques, en juin, dans la cour du XVIIIe siècle.
Page mise à jour le 5 novembre 2026